Maternity

Maternity – Tribute to Ukraine 2022 © Sabrina Aureli

« Quelque chose en nous a été détruit par le spectacle des années que nous venons de passer.

Et ce quelque chose est cette éternelle confiance de l’homme, qui lui a toujours fait croire qu’on pouvait tirer d’un autre homme des réactions humaines en lui parlant le langage de l’humanité. 

Nous avons vu mentir, avilir, tuer, déporter, torturer, et à chaque fois il n’était pas possible de persuader ceux qui le faisaient de ne pas le faire, parce qu’ils étaient sûrs d’eux et parce qu’on ne persuade pas une abstraction, c’est-à-dire le représentant d’une idéologie.

Le long dialogue des hommes vient de s’arrêter. Et, bien entendu, un homme qu’on ne peut pas persuader est un homme qui fait peur. 
Entre la peur très générale d’une guerre que tout le monde prépare et la peur toute particulière des idéologies meurtrières, il est donc bien vrai que nous vivons dans la terreur. 

Nous vivons dans la terreur parce que la persuasion n’est plus possible (…) Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées. 

Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et dans l’amitié des hommes, ce silence est la fin du monde.
Pour sortir de cette terreur, il faudrait pouvoir réfléchir et agir suivant sa réflexion. Mais la terreur, justement, n’est pas un climat favorable à la réflexion. 

Je suis d’avis, cependant, au lieu de blâmer cette peur, de la considérer comme un des premiers éléments de la situation et d’essayer d’y remédier.
(…)
Pour se mettre en règle avec [la peur], il faut voir ce qu’elle signifie et ce qu’elle refuse. Elle signifie et elle refuse le même fait : un monde où le meurtre est légitimé et où la vie humaine est considérée comme futile. » Albert Camus, « Ni victimes ni bourreaux » Combat 1946

Notte trasfigurata

Notte trasfigurata © Sabrina Aureli

Notre vie est un voyage constant, de la naissance à la mort. Le paysage change, les gens changent, les besoins se transforment mais le train continue. La vie c’est le train, ce n’est pas la gare. Et ce que tu as fait jusqu’à maintenant ce n’est pas voyager, mais seulement changer de pays. Aleph de Paulo Coelho

La Terrazza sul mare

La terrazza sul mare © Sabrina Aureli

“Nous connaissons tous cette zone moyenne où les songes nourrissent nos pensées et où nos pensées éclairent nos sens…Nous sommes des dormeurs éveillés, des rêveurs lucides, nous vivons un instant comme si la dimension humaine s’était agrandie en nous.”

Gaston Bachelard

Love is where you are

…” il n’est rien sous le ciel qui n’ait sa loi secrète,

Son lieu cher et choisi , son abri , sa retraite,

Où mille instincts profonds nous fixent nuit et jour,

Le pêcheur a la barque où l’espoir l’accompagne,

Les cygnes ont le lac, les aigles la montagne,

Les âmes ont l’Amour .” Victor Hugo

Love is where you are © Sabrina Aureli

Tu ouvrirais ce carnet. Tu verrais qu’il y serait question du ciel, de cette part du ciel qui reste en nous, électrisée, nocturne, sauvage, inaliénable. Tu verrais sur le bleu de ces pages la blancheur d’une étoile, qui est celle aussi du sel, du feu. Des mots passeraient sous tes yeux, dans le matin de tes yeux. Un mot comme celui-là: ”âme”. L’âme. Un linge frais de soleil, amoureusement plié. Un drap d’or pour la couche des amants, liseré de noir, brodé avec les initiales conjointes de l’orage et de l’aurore. Tu lirais encore, plus loin. Vers d’autres mots. Tu lirais les mots précieux, les mots ruisselants, les mots princiers, ceux du désespoir, ceux, les mêmes, de l’espoir…”

Christian BOBIN, L’homme-joie 

Ailleurs

« La beauté est donnée. Il n’y a rien à acquérir. La beauté n’a pas d’histoire, elle n’est pas la solution d’un mystère. Elle est elle, simplement ».  G Le Clézio

Ailleurs © Sabrina Aureli

“Peuvent-ils vraiment croire que le monde est une leçon à apprendre, ou un jeu dont il suffit de connaître les règles ? Vivre est ailleurs. C’est une aventure qui ne finit pas, qui ne se prévoit pas. C’est comme l’air, comme l’eau, cela entoure, pénètre, illumine Apprendre, sentir, ce n’est pas chercher à s’approprier le monde ; c’est seulement vouloir vibrer, être à chaque seconde le lieu de passage de tout ce qui vient du dehors Être vide, non pas comme on est absent – le gouffre, le vertige avant la chute – mais en étendant son corps et son âme pour couvrir l’espace »

J M G Le Clézio “L’inconnu sur la terre “

un rêve

un rêve © Sabrina Aureli

On a peine à croire à quel point est insignifiante et vide, aux yeux du spectateur étranger, à quel point stupide et irréfléchie, chez l’acteur lui-même, l’existence que coulent la plupart des hommes : une agitation qui se traîne et se tourmente, une marche titubante et endormie, à travers les quatre âges de la vie, jusqu’à la mort, avec un cortège de pensées triviales. Ce sont des horloges qui, une fois montées, marchent sans savoir pourquoi. Chaque fois qu’un homme est conçu, l’horloge de la vie se remonte, et elle reprend sa petite ritournelle qu’elle a déjà jouée tant de fois, mesure par mesure, avec des variations insignifiantes. Chaque individu, chaque visage humain, chaque vie humaine, n’est qu’un rêve sans durée de l’esprit infini qui anime la nature, du vouloir vivre indestructible ; c’est une image fugitive de plus, qu’il esquisse en se jouant sur sa toile immense, l’espace et le temps, une image qu’il laisse subsister un instant, et qu’il efface aussitôt, pour faire place à d’autres. Schopenhauer

Tra Acqua e Cielo

Tra Acqua e Cielo © Sabrina Aureli

Chacun s’en va comme il peut,

les uns la poitrine entrouverte,

les autres avec une seule main,

les uns la carte d’identité en poche,

les autres dans l’âme,

les uns la lune vissée au sang

et les autres n’ayant ni sang, ni lune, ni souvenirs.

Chacun s’en va même s’il ne peut,

les uns l’amour entre les dents,

les autres en se changeant la peau,

les uns avec la vie et la mort,

les autres avec la mort et la vie,

les uns la main sur l’épaule

et les autres sur l’épaule d’un autre.

Chacun s’en va parce qu’il s’en va,

les uns avec quelqu’un qui les hante,

les autres sans s’être croisés avec personne,

les uns par la porte qui donne ou semble donner sur le chemin,

les autres par une porte dessinée sur le mur ou peut-être dans l’air,

les uns sans avoir commencé à vivre

et les autres sans avoir commencé à vivre.

Mais tous s’en vont les pieds attachés,

les uns par le chemin qu’ils ont fait,

les autres par celui qu’ils n’ont pas fait

et tous par celui qu’ils ne feront jamais.

Roberto JUARROZ, POÉSIE VERTICALE,(69, II)

il sogno di Alice

il sogno di Alice © Sabrina Aureli

Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli. Évoquons une situation on ne peut plus banale : un homme marche dans la rue. Soudain, il veut se rappeler quelque chose, mais le souvenir lui échappe. À ce moment, machinalement, il ralentit son pas. Par contre, quelqu’un qui essaie d’oublier un incident pénible qu’il vient de vivre accélère à son insu l’allure de sa marche comme s’il voulait vite s’éloigner de ce qui se trouve, dans le temps, encore trop proche de lui. Dans la mathématique existentielle cette expérience prend la forme de deux équations élémentaires : le degré de la lenteur est directement proportionnel à l’intensité de la mémoire ; le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli.  La lenteur de Milan Kundera

Omaggio a Georgia O’Keeffe

Omaggio a Georgia O’Keeffe © Sabrina Aureli

« J’aimerais tant que tu voies ce que je contemple chaque jour à ma fenêtre. La lune qui disparaît à l’aube dans un ciel couleur lavande, les falaises au loin, leur dégradé de jaunes, de pourpres et de roses, et le vert si singulier des cèdres brousailleux qui ponctuent le paysage », écrit Georgia O’Keeffe à son ami, le peintre Arthur Dove, en 1942.