L’infinito

“La lumière de la Connaissance n’éteint pas la lumière de l’Amour.” Ghazâlî

L’Infinito 2022 © Sabrina Aureli

Dans le domaine de la connaissance spirituelle, qu’on appelle aussi connaissance du cœur, il existe des affinités évidentes entre le silence, le secret et le désir. En effet, pour user de métaphores, voici comment on approche de la maison du coeur : le désir ouvre la porte ; le silence permet d’y demeurer ; le secret protège l’habitation intérieure.
Méconnues ou méprisées par une société de pouvoir et d’apparence, ces trois dimensions représentent – et ce n’est pas leur moindre valeur -les clés de la liberté pour tout être humain. Se tenir dans la lumière impalpable du secret, dans la profondeur paisible du silence, et dans le feu vivant du désir désiré, c’est, déjà, savourer l’infini. Jacqueline Kelen



SAPORE DI SALE

„[Su Facebook] Zuckerberg lo ha capito quando ha chiamato la bacheca «diario», ossia informare gli altri non della straordinarietà, ma della quotidianità delle proprie vite ordinarie. Mi sono svegliato, sono allegro, sono depresso, ho mangiato, ho pisciato. Non si posta una foto perché ci si sta arrampicando come Tom Cruise sul Burj Khalifa, è sufficiente mostrare lo zampone con il cotechino cucinato dalla zia per capodanno.“ Massimiliano Parente

Sapore di sale 2022 © Sabrina Aureli

Il mare, la sabbia, gli scogli, gli ombrelloni, le persone in costume, i selfie al mare, sulla sabbia, sdraiati sui lettini, foto di albe, di tramonti, il sole, il cielo azzurro, il sudore, le creme solari, le pance, i culi sodi, i culi flaccidi, e ancora foto in costume, foto di gente spaparazzata, spiaggiata, le ferie, le Maldive, le Canarie, la Sardegna, tutte queste isole del cazzo, i tramonti, le albe, i giovani felici, i bambini che giocano a riva, i figli dei figli, le generazioni, la nonna ancora viva per poco sotto un ombrellone, i selfie con gli spritz, sulla sdraio con il libro che ha vinto il famoso premio, il sudore, sapore di sale, sapore di mare, che hai sulle labbra, che hai sulla pelle, che hai sulle palle come Gino Paoli, l’estate, ancora due mesi, tutto questo è terrificante. Massimiliano Parente



la quiete dopo la tempesta

Ils m’ont toujours jugé comme bizarre ou différente , mais tu sais quoi ? J’ai toujours adoré. Je ne supporterais pas d’être comme le reste du monde. Alda Merini

La quiete dopo la tempesta 2020 © Sabrina Aureli

Dans chaque cellule (nid d’humidité
cagibi de dressage)
un prisonnier et son monde
se sont évadés pour
un temps (ici, l’évasion n’est pas affaire légère)
Ceux qui rêvent les yeux ouverts
ne sont pas fatalement tristes
Ils dessinent des fenêtres turquoise
sur l’écran de la nuit
lâchent des gazelles
dans l’incommensurable sablier du temps
Ils entretiennent la mémoire vive
Ceux qui bricolent
sont les plus heureux
Ils réitèrent la genèse du chant et des techniques
et la fantaisie s’en mêle
pour humaniser allègrement
l’oblique paysage
Ceux dont la chair se ravive de sève virile
sont les plus assiégés
iconolâtres de sauvages libertés
ils aspirent goulûment l’acre fumée
des interdits
Les murs-sirènes tournoient
l’image stridente flagelle et fuit
puis le chant intervient
baume suturant les brisures
fantasmes terrassés
Ceux qui rédigent des lettres
sont de vrais artisans de la fraternité
Ils ouvrent les veines de leur sensibilité
découvrent qu’ils n’ont peut-être jamais parlé, écouté
et le dialogue s’illumine
bouleversement d’être
Ils animent le vaste théâtre de la présence
Ceux qui sont malades
sont les plus prisonniers
Le corps pèse de tout son poids de frustrations
s’écorche dans le naufrage des insomnies
Le sommeil suffoque
parcours-martyre de la cavale impossible
Ceux qui écrivent des poèmes
sont les plus agités
Ils guerroient contre la porte, les murs, la loi du silence
font violence à leur corps et à leur pensée
pour abolir tout ce qui entrave la parole
Ils tanguent sur la corde raide
à chaque page s’annihilent pour renaître
Dans chaque cellule
un prisonnier et son monde
noctambules de la résistance ordinaire.
ABDELLATIF LAÂBI, L’Arbre à poèmes



Dolce Vita

Les poètes travaillent la nuit

quand le temps ne les presse plus,

quand se tait la rumeur de la foule

et que cesse le lynchage des heures.

Les poètes travaillent dans le noir

comme des rapaces nocturnes ou des rossignols

au chant si doux,

et ils craignent d’offenser Dieu.

Mais les poètes, dans leur silence,

font bien plus de bruit

qu’une coupole dorée d’étoiles. Alda Merini

Dolce Vita 2020 © Sabrina Aureli

La beauté, cela ne s’invente pas. C’est une approche très lente et très douce, qui va plutôt à la vitesse d’une plante qui pousse. Un jour, encore un jour, une année, ainsi, lentement, étendant l’une après l’autre ses branches, occupant le ciel et l’espace, assurant sa prise dans la terre, tandis que passent les saisons, le vent, la nuit, le soleil, les eaux de la pluie.
Cette flamme qui brûle au fond des êtres est belle et pure. Ce n’est pas une déflagration qui calcine. C’est une action obstinée et réfléchie, une combustion continue. C’est la force de l’irréductible.
C’est une flamme qu’on ne remarque pas tout d’abord, parce qu’on est souvent distrait par toutes les étincelles et tous les éclats qui tourbillonnent sans cesse: la brillance, le luxe, miroirs partout tendus, phares aveuglants braqués sur les yeux, grandes plages de couleur, de blancheur. 
Mais lorsque tout devient gris de fatigue et d’usure, lorsque la plupart des êtres se sont éteints et se sont effacés, alors on remarque cette lueur étrange qui brille par endroits, comme des feux de braise. Quelle est cette lueur? Que veut-elle? Est-ce le désir? Le plus simple désir alors, la force de la vie, la force de la vérité.
Ceux qui refusent les mensonges, ceux qui ne sont pas compromis dans les affaires louches du monde, ceux qui ne se sont pas avilis, qui n’ont pas été vaincus, ceux qui ont continué à vibrer quand tous les autres se sont endormis: la lumière n’a pas quitté leurs yeux. Elle continue à sortir de leur peau, de leur âme, la lumière pure qui ne cherche pas à vaincre ou à détruire.
La lumière pour cette seule action: voir, aimer.
Je cherche ceux et celles qui brûlent. Ce sont les seuls immortels.
J. M. G. Le Clézio, L’inconnu sur la terre.

Je me souviens d’une belle étude où l’on montrait que les personnes endeuillées capables de sourire en évoquant leur conjoint disparu (“Quelle souffrance de l’avoir perdu, mais quel bonheur de l’avoir connu !”) étaient aussi celles qui allaient le mieux après. Parce qu’elles s’étaient montrées capables de ne pas laisser le bonheur se noyer dans le malheur. Capables de comprendre que la vie, c’est tout ensemble. Et que le malheur n’annule pas les bonheurs passés, ni ne nous les retire : ces bonheurs que nous avons vécus nous restent acquis pour l’éternité. On a bien le droit de pleurer et de sourire en même temps. C’est parce qu’on accepte le monde, et qu’on décide de l’aimer de toutes ses forces. Christophe André, Méditer, jour après jour


la tempesta

“Tu fais de ma vie quelques chose d’irisé. Tu es entrée dans ma vie comme on arrive dans un royaume ou toutes les rivières attendaient ton reflet et toutes les routes tes pas.(…) Tu es la seule personne avec qui je peux parler de la nuance des nuages.” VLADIMIR NABOKOV, ” Lettres à Véra”

la tempesta 2022 © Sabrina Aureli

L’artiste – qu’il soit sculpteur, peintre, acteur, poète ou musicien – est d’une telle importance pour l’existence des hommes, et si indispensable à l’être humain, qu’aucun peuple, aucun groupe humain ne peut vivre sans art et sans artiste. On n’a, jusqu’à aujourd’hui, jamais trouvé nulle part de peuple qui soit sans art. Même le peuple le plus primitif voit naître un art et des artistes. Il y a des peuples sans religion; mais il n’existe pas de peuple sans art. C’est pour l’homme un besoin vital d’enrichir et d’enjoliver la vie, parce que c’est là le seul moyen d’échapper au prosaïsme du quotidien. La quotidienneté, en effet, étouffe l’homme, engourdit ses sensations, ses espoirs, ses idéaux, ses pensées, au point que toute vie perd sa valeur et que la phrase la plus désespérante exclame strictement : « Pourquoi vivre ? ». Ce n’est pas la religion, mais bien l’artiste qui pose à l’homme cette question et lui répond par une si forte volonté de vivre et une capacité de création dont la puissance vient de tellement loin  que cette question elle-même périt sur les lèvres de l’homme.
(…) L’artiste n’a pas à être mon dieu, ni une autorité, ni une figure supraterrestre qui me serait inaccessible et existerait cachée derrière les nuages hors de mon monde. L’artiste doit, dans son œuvre, me révéler qu’il est mon frère terrestre, qu’il est sujet à autant d’adversité que moi, plein de désirs comme moi, qu’il est porté par l’élan de se libérer des chaînes mentales comme moi et bourré de pulsions et de lacunes comme moi. L’unique chose que je doive ressentir à son endroit, c’est de lui être reconnaissant de savoir exprimer avec pertinence, par la musique, la couleur, la pierre, la parole, la représentation, ce qui touche mon âme et ce que j’essaie d’exprimer depuis le premier éveil de ma conscience de n’importe quelle manière, sans y parvenir. Il n’y a que l’artiste pour nous rendre hommes et nous faire consciemment sentir que nous sommes hommes. B. TRAVEN, “Tous les hommes dont les larmes débordent”.

Que tu sois environné par le chant d’une lampe ou par la voix de la tempête, par le souffle du soir ou le gémissement de la mer, toujours veille derrière toi une vaste mélodie, tissée de mille voix, ou de temps à autre seulement ton solo trouve sa place. Savoir quand tu dois intervenir dans le choeur, c’est le secret de ta solitude : de même que c’est l’art de la relation véritable : se laisser tomber de la hauteur des mots dans l’unique et commune mélodie. Rainer Maria RILKE



la città dimenticata

« L’œil véritable de la terre, c’est l’eau. Dans nos yeux, c’est l’eau qui rêve. Nos yeux ne sont-ils pas « cette flaque inexplorée de lumière liquide que Dieu a mise au fond de nous-mêmes » ? [Claudel, L’Oiseau noir dans le Soleil levant]. » Gaston Bachelard, L’eau et les rêves (1942)

la città dimenticata © Sabrina Aureli
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La contemplazione dinnanzi agli specchi d’acqua è perché l’acqua è già di per sé l’occhio con cui il mondo si contempla. La visione onirica è fragile ed evanescente come è la dimensione originaria dell’essere dell’uomo di fronte al mondo e dell’apparire del mondo all’uomo.
Nel vedere la propria figura riflessa nell’acqua la bagnante vede un altro mondo ancora rispetto a quello della percezione che ci sta davanti.
L’immaginazione si sviluppa lungo due assi, uno orizzontale che procede in superficie e rappresenta il nostro spirito spinto a cercare la sorpresa, l’altro verticale che scende in profondità per giungere ad una sorta di topografia del nostro essere intimo. L’acqua è rappresentativo della madre che ci aspetta e ci accoglie perché lei è la nostra prima casa ed è sinonimo di intimità protetta, è il primo spazio vitale,

il nostro angolo del mondo. Sabrina Aureli

Contemplation before the mirrors of water is because water is already in itself the eye with which the world is contemplated. The dream vision is fragile and evanescent like the original dimension of man’s being in front of the world and the appearance of the world to man.
In seeing his own figure reflected in the water he sees yet another world than that of the perception that lies in front of us.
The imagination develops along two axes, one horizontal which proceeds on the surface and represents our spirit pushed to seek surprise, the other vertical which descends in depth to reach a sort of topography of our intimate being. Water is representative of the mother who awaits us and welcomes us because she is our first home and is otherwise a protected intimacy, it is the first living space, the corner of the world.